Des pêcheurs du Morbihan à Bruxelles

jeudi, 30 novembre 2017

Le Comité Départemental des Pêches Maritimes du Morbihan a organisé, mardi 28 novembre, un déplacement de pêcheurs professionnels auprès des institutions européennes à Bruxelles. Il s’agissait d’une première, décidée pour une raison évidente : aujourd’hui l’essentiel de la réglementation des pêches est adopté par l’Union européenne. Il est donc fondamental de comprendre comment fonctionne cette « machine », quels sont ses acteurs, son organisation, ses pouvoirs…. Ce voyage était aussi l’occasion pour les professionnels du Morbihan de faire connaître leurs revendications et leurs attentes.

24 pêcheurs (dont 4 Finistériens) ont participé à ce déplacement, représentant tous les métiers (chalut, filet, ligne, casier…). Ils étaient accompagnés de divers acteurs de la filière : coopérative maritime, structure portuaire, lycée maritime, organisation de producteurs, élus et salariés du CDPMEM56, ainsi que d’élus locaux. A Bruxelles, la délégation morbihannaise a rencontré des représentants de la région Bretagne, un diplomate de la représentation permanente de la France auprès de l’UE, des représentants de la Commission européenne et des eurodéputés, membres de la commission Pêche du Parlement.

Au menu des discussions : le processus de décision au sein de l’UE, l’influence des lobbys environnementalistes, le rôle et les moyens d’action d’un eurodéputé, le Brexit, les prochaines discussions sur les quotas 2018… Tous nos interlocuteurs ont fait passer un même message : « Tout comme l’agriculture, la pêche a un poids politique supérieur à son poids économique. C’est une filière que les acteurs européens ne négligent pas, mais au contraire souhaitent défendre » ; « Les pêcheurs européens doivent s’entendre et parler d’une seule voix face à la puissance des lobbys environnementaux qui, eux ne connaissent pas de frontières » ; « la politique des pêches est l’une des plus intégrées, c’est-à-dire qu’une fois les réglementations adoptées, l’UE en est vraiment le maître d’œuvre, davantage que les Etats nationaux. Il faut donc l’anticiper ».

Une autre idée concernant la démarche de la Commission européenne et de la DG Mare : le temps des grandes idées, des aspirations visionnaires pour la Politique Commune des Pêches, est révolu. Aujourd’hui la Commission se veut pragmatique, technique. La montée en puissance des partis populistes en Europe incite aussi à davantage de pragmatisme de la part de la Commission, à être plus prêt des réalités de terrain et de la « vraie vie » des acteurs de terrain.

Face à ces discours, les pêcheurs professionnels du Morbihan ont aussi fait passer plusieurs messages. Comme l’a résumé le patron d’un chalutier de Lorient : « Nous avons fait beaucoup d’efforts en faveur d’une pêche durable, nous respectons une réglementation toujours plus stricte, nous adoptons des maillages plus larges, limitons nos temps de pêche… Mais nous avons l’impression de ne jamais être récompensés de nos efforts ; cela ne suffit jamais, la Commission européenne nous impose toujours de nouvelles contraintes, c’est décourageant ». Autre message : la pêche récréative doit être davantage encadrée et contrôlée puisqu’elle représente des pourcentages de captures très importants ; c’est notamment le cas pour le bar. La délégation emmenée par le CDPMEM56 a tenu à insister sur la qualité des produits du littoral breton : Faire la promotion du métier, mais aussi faire la promotion des produits de la mer. Parmi les autres thématiques abordées, on peut citer pêle-mêle : le souhait de quotas pluri-annuels, l’espoir que l’UE favorise la construction de bateaux neufs, l’importance de la coopération entre pêcheurs et scientifiques…

Le Comité Départemental des Pêches Maritimes du Morbihan entend désormais organiser ce type de rencontres avec les institutions européennes tous les ans, parfois à Bruxelles parfois à Strasbourg.

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