La pêche du bar interdite aux chalutiers pélagiques dans la Manche

vendredi, 16 janvier 2015

La Commission européenne a annoncé, jeudi 15 janvier, l’interdiction de la pêche du bar par les chalutiers pélagiques dans la zone Manche du 1er janvier au 30 avril. La décision entrera effectivement en vigueur le 21 janvier. Cette mesure pénalise particulièrement la France qui assure environ 70% des captures de bar dans l’Union européenne.

Bar2Dans le grand Ouest (Bretagne, Loire-Atlantique, Basse-Normandie), une trentaine de bateaux vont être touchés, dont une vingtaine à La Turballe et 8 à Lorient. « Cette interdiction va entraîner une chute de 40% de notre chiffre d’affaires. Du jour au lendemain, on casse notre métier. Que va-t-on faire des bateaux ? Il est certain que des marins vont être contraints de rester à quai », s’inquiète Eric Guygniec, le patron de l’armement Apak (5 bateaux), à Lorient. Ce que confirme Olivier Le Nezet, président du Comité Régional des Pêches Maritimes de Bretagne et du Comité Départemental des Pêches du Morbihan : « Il s’agit d’une décision inacceptable pour la profession, dangereuse économiquement et inefficace en termes de gestion de la ressource ».

Cela fait plusieurs mois que le Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM) tire la sonnette d’alarme à propos de la ressource en bar. L’organisme scientifique –qui conseille notamment l’Union européenne- préconisait même une baisse des captures de 20% dans le Golfe de Gascogne et de 78% dans la zone nord (Mer Celtique, Manche, Mer du Nord). Rien ne prouve pourtant que cette baisse de la ressource est uniquement due à la pêche ; des facteurs environnementaux pourraient aussi être en cause. La décision de la Commission européenne choque néanmoins par sa brutalité car des discussions étaient en cours entre Bruxelles et les structures représentant la pêche professionnelle. Mais le Royaume-Uni, invoquant l’article 15 de la réglementation européenne, a réclamé l’adoption de mesures d’urgence sur ce dossier. La demande de Londres ne concernait cependant que les frayères en Manche ouest ; la décision d’interdiction des instances européennes va bien au-delà puisqu’elle inclut toute la Manche, la mer Celtique, la mer d’Irlande et une partie de la mer du Nord. « Le Royaume-Uni a cédé à la pression du lobby des pêcheurs plaisanciers. La France ne veut pas connaître la situation de l’Irlande où seuls les plaisanciers ont le droit de pêcher le bar, plus les professionnels », avertit Olivier Le Nezet.

Cette décision des instances européennes apparait d’autant plus surprenante que les professionnels étaient disposés à un encadrement de la pêcherie. Réunis à Carhaix dès le 11 août, les Comités des pêches de Bretagne avaient proposé d’augmenter la taille minimale de capture, de diminuer le nombre de jour de pêche, de renforcer la sélectivité des engins de pêche… Comme le rappelle Olivier Le Nezet : « Les pêcheurs professionnels proposent des mesures d’encadrement depuis des années qui, si elles avaient été adoptées, auraient évité une décision aussi brutale qu’aujourd’hui. Cette mesure prouve l’échec total de la Politique commune de la pêche (PCP) qui ne sait qu’interdire, mais est incapable de mettre en œuvre de bonnes mesures de gestion telles que proposées par la filière ». Pour Eric Guygniec : « Cette mesure est purement et simplement discriminatoire. Si l’espèce est véritablement en danger, il faut interdire tous les métiers ciblant le bar ainsi que les pêcheurs de loisir ».

Il reste à savoir si des mesures d’accompagnement seront adoptées : plan de sortie de flotte, arrêt temporaire financé par l’Etat et les instances européennes ? Se reporter sur d’autres espèces est évidemment problématique ; il ne faut pas en effet que cela déstabilise d’autres métiers ni l’abondance d’autres espèces. Quid en outre du prix de vente comparé à celui du bar ? Pour le président du Comité Départemental des Pêches du Morbihan : « Imaginer que l’on dise subitement à une entreprise qu’elle n’a plus le droit de produire, c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Mais il est hors de question que des armateurs se retrouvent en faillite. L’Etat et l’Union européenne doivent leur apporter un soutien financier ». Cette interdiction risque en outre d’impacter négativement toute la filière aval : criées, mareyeurs…

La Commission européenne pourrait annoncer prochainement de nouvelles mesures d’encadrement, concernant cette fois les autres métiers et la pêche récréative.

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